« Indianara », un film de Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa (2019)
Date : -
Lieu : France

Synopsis

Révolutionnaire hors norme, Indianara mène avec sa bande un combat pour la survie des personnes transgenres au Brésil. Face aux attaques de son parti politique et à la menace totalitaire qui plane sur le pays, elle rassemble ses forces pour un dernier acte de résistance.

INDIANARA, parcours non exhaustif d’une icône de la liberté

Du Brésil…
Né dans une famille modeste et nombreuse de l’intérieur du Brésil, Sergio Siqueira décide très tôt de devenir femme. a l’âge de 12 ans, il commence sa transformation en prenant des hormones et devient Indianara, un nom choisi en référence aux origines indigènes de sa mère et en hommage à Nara, une amie transgenre qui la soutien. Mais cette décision l’éloigne définitivement de sa famille qui la rejette. Indianara quitte sa campagne natale pour São Paulo où elle alterne boulots précaires et prostitution. Dans les années 1990, à l’apogée du VIH, voyant ses amies mourir, elle décide de s’engager dans la prévention et devient militante pour la ligue des Droits de l’homme. Elle dénonce également les mauvais traitements de la police, des proxénètes et commence à recevoir des menaces de mort.

… à la France
Pour y échapper, elle s’envole pour Genève d’où elle s’enfuit pour vivre de manière indépendante à Paris. Toujours dans une recherche de sou-tien à des personnes en grande précarité vivant dans des situations de danger permanent, elle sous-loue des chambres à ses collègues prostituées, cherchant avant tout à les éloigner de la violence du milieu. Elle est alors arrêtée pour proxénétisme et condamnée à 5 ans de prison. Elle est incarcérée deux ans à Fleury-Mérogis, où elle continue de se battre pour obtenir plus de droits pour les prisonniers transgenres et où elle renforce ses idéaux par la lecture, notamment des biographies de Luther King, Mandela et Gandhi. Elle est finalement expulsée vers le Brésil en 2009, avec une interdiction de revenir en France.

… au Brésil
De retour au Brésil, elle affronte à nouveau la violence policière, la ségrégation et les assassinats de ses amies. Indianara s’engage plus fermement devenant la porte parole de la communauté trans dans son pays. En 2010 elle est conseillère parlementaire du député socialiste gay, Jean Wyllys. En 2016, elle se présente à travers le PSOl, (le parti Socialisme et liberté) comme conseillère municipale à la Mairie de Rio et est élue suppléante, aux côtés de Marielle Franco, assassinée en mars 2018.Cette même année, elle ouvre en plein cœur de Rio, la Casa nem, un refuge pour les personnes transgenre en situation de rue. Indianara les accueille, les oriente médicalement, professionnellement et psychologiquement. En lien avec des universités et des professeurs bénévoles, elle instaure des cours d’alphabétisation et une école préparatoire di-plomante, gratuite et spécialement dédiée à la population transgenre.En 2017, Indianara se marie avec Mauricio, un homme séropositif qu’elle a rencontré dans un groupe de parole de lutte contre le SIDa dans lequel elle milite. Mauricio est issue d’une famille esclavocrate, conservatrice et catholique et Indianara exerce sur lui sa lutte féroce contre les préjugés et le machisme.

Indianara se définie comme une pute parlementaire, végane, athée et anarchiste.

Note des réalisateurices

“Nous avons rencontré Indianara en 2014, sur la place publique à Rio de Janeiro. Comme dans « La Liberté guidant le peuple », Indianara, seins nus telle la Marianne, brandissait d’une main le drapeau LGBT et de l’autre un mégaphone. Elle énonçait le nom des personnes trans-genre assassinées cette année et son public restreint, formé de marginaux, répondait : « présent » à chaque nom de victime. Bientôt la police arrivait lançant ses gaz lacrymogènes. Indianara, masque à gaz de guerre sur le front, résiste.Au Brésil, 179 personnes transsexuelles ont été assassinées en 2017, soit un assassinat tous les deux jours. Plus de la moitié des meurtres de personnes transgenres dans le monde sont commis au Brésil. Leur espérance de vie y est de 35 ans. Rejetées par leurs familles, exclues de la société et du monde du travail, les jeunes trans ont trouvé en la figure d’Indianara une mère adoptive, un modèle et de la force pour s’affirmer et survivre dans un pays machiste et conservateur. Nous aussi. Suivre Indianara et sa bande dans les manifestations contre le gouvernement, dans les bars et au refuge de la Casa Nem représentent deux ans d’intense apprentissage de la lutte et de la révolution. La rencontre avec Mauricio, son compagnon et le partage de l’intimité a lancé sur le film, une vague d’amour et de tolérance. Pour nous, ils sont les deux Brésil opposés, contradictoires qui pourtant vivent ensemble et s’aiment, chacun à leur manière. Dans un contexte de conservatisme grandissant, non seulement au Brésil mais dans le monde, Indianara résiste et impose son humanité.”